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Intérêt patrimonial
Le camp de chasse métis possède d'abord une valeur utilitaire, mais également une valeur symbolique pour André et René Tremblay. Pour eux, il s'agit du modèle historique représentant la façon dont leurs ancêtres métis s'abritaient ou «cabannaient» en forêt au cours des deux derniers siècles. Il est donc primordial pour les frères Tremblay de conserver ce modèle historique d'habiter, car ces camps sont plus rares aujourd'hui. Selon eux, les métis avaient importé la technologie européenne d'avoir une maison fixe tout en y greffant la technologie autochtone, soit celle d'un campement forestier plus rudimentaire, mais parfaitement adapté au contexte de vie en milieu forestier et utilisant les ressources présentes sur place pour sa conception.
Description de la pratique, du savoir ou du savoir-faire
André et René Tremblay de St-Fulgence (Lac Xavier) procèdent, en 1980, à l’érection d’un camp de chasse traditionnel métis au lac Balancine, dans les contreforts du mont Valin, sur la rive nord du Saguenay. Préalablement, André et René avaient choisi le site de construction de leur futur camp au lac Balancine. Le choix du site était fait en fonction d'y trouver un accès facile aux territoires de pêche et de chasse. Le lac Balancine est un endroit peu fréquenté par les autres pêcheurs et chasseurs. La façade du camp est orientée vers le lac pour la vue, mais aussi pour éviter d’être trop visible et accessible par autrui. Durant plusieurs fins de semaine, André et René, accompagnés de 4 autres personnes, s'affairent à la construction du camp de chasse. L'emplacement sélectionné, ils abattent les arbres sur place afin de dégager le site. Le camp est progressivement monté avec les arbres coupés et ébranchés, sans toutefois être écorcés. En effet, comme il est impossible d'enlever l'écorce sur les arbres en hiver, les camps bâtis en cette saison conservent leur écorce tandis que ceux bâtis l'été sont écorcés. Ce camp est construit selon un plan carré (12'x12') en utilisant la technique de poutre sur poutre. Pour ce faire, chaque poutre de bois rond est encochée à la scie mécanique aux extrémités de façon à ce que les poutres superposées puissent s'assoir l'une sur l'autre aux quatre coins en laissant le moins d'espace possible à découvert. Les interstices plus réduits qui demeurent entre les poutres sont bouchés de l'extérieur avec de la mousse naturelle trouvée sur place et à l'intérieur avec de l'isolant en mousse et de la laine minérale. Une fois le carré assemblé, la toiture prend forme en y installant deux poteaux verticaux, assises de la poutre de faître. Installés par-dessus la poutre de faître, les baratins sont les pièces qui retiennent la couverture de tôle. Le transport de la tôle, d'une porte et d'autres accessoires a été possible par l'utilisation de la motoneige et de traîneaux (sleighs). Une fois la structure du camp complétée, André et René laissent le camp s'enfoncer et se positionner sur le sol à la fonte des neiges. Ce n'est qu'après cette étape le printemps venu qu'il est possible de construire un plancher droit au camp. Ce plancher est fait de bois recouvert d'une toile de pulpe en guise de revêtement de sol. Les frères Tremblay procèdent alors à la finition, c'est-à-dire à l'ameublement intérieur, rudimentaire mais complet. Deux lits superposés permettent d'accueillir 4 personnes. Un petit comptoir et un évier de même qu'un poêle à bois permettent la préparation des aliments, la cuisson et le chauffage. Les matières premières utilisées dans la construction du camp de chasse est l'épinette noire et l'épinette de Norvège, arbres présents sur le site de construction. Pour résumer, les autres matériaux sont le bois (planches), la mousse (sphaigne), la laine minérale, l'uréthane et le styrofoam blanc pour l'isolation, la toile de pulpe pour le plancher, la tôle pour la toiture, une porte, des fenêtres, un évier, un comptoir, deux poëles à bois pour le chauffage et la cuisson. Les matériaux proviennent en majorité de la région. Cette façon de cabanner dans la forêt est assez répandue chez les métis du secteur du mont Valin. Chaque camp de chasse métis possède ses propres particularités, mais le principe reste le même. Aujourd'hui comme hier, cette manière d'habiter en forêt est utilisée par des métis et des non-métis car elle est bien adaptée au territoire et aux activités qui y sont pratiquées. L'évolution des technologies et une plus grande facilité de transporter les matériaux en forêt ont modifié certaines caractéristiques de ces camps de chasse traditionnels métis.
Apprentissage et transmission
L'apprentissage se réalise en deux temps pour André et René Tremblay. D'abord, c'est leur oncle maternel, Joe Lavoie, un forestier métis capable de tout faire avec une simple hache, qui leur montre comment travailler en forêt à partir de rien. Cet oncle leur transmet sur une longue période des connaissances, des savoir-faire liés au travail en forêt, le goût de la forêt et l'assurance d'y vivre. Tous ces savoirs et expériences sont utiles en plusieurs contextes de vie en forêt, notamment lors de la construction du camp de chasse. Ensuite, c'est un collègue de travail d'André, Paul Émond, qui s'avère le maître d'oeuvre de la construction du camp. Comme il avait déjà réalisé plusieurs camps similaires, c'est lui qui guide les travaux durant toute leur durée à l'hiver 1980. La durée d'apprentisage équivaut à la durée de construction de ce camp, soit quelques fins de semaines pendant environ 1 mois. La construction d'un camp comme celui-ci se fait une seule fois, car il est conçu pour avoir une durée de vie relativement longue s'il n'est pas abandonné. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas de transmission comme telle de la pratique de construction d'un camp. Par contre, les frères Tremblay sont fiers de cette réalisation et n'hésite pas à en parler aux gens intéressés, parents et amis, qui viennent le visiter.
Historique général
André, né en 1945, et René, né en 1943, procèdent à la construction d’un camp de chasse en 1980. Les deux frères résident 6 mois à Chicoutimi durant la saison hivernale et au lac Xavier l’autre moitié de l’année, dans la municipalité de Saint-Fulgence. Ils détiennent une formation de niveau universitaire, le premier en génie et le second en administration (finances). Leur résidence du lac Xavier est considérée comme un chalet tandis que le camp de chasse au lac Balancine est utilisé comme mode d'habitation lors des activités saisonnières de pêche et de chasse. Afin de remédier à la détérioration de la base du camp, André et René procèdent en 2006 à son relèvement du sol. Après 26 ans d'existence et d'utilisation, le camp ainsi relevé verra sa durée de vie prolongée de plusieurs années. La circulation d'air sous le plancher diminuera l'humidité et évitera la pourriture de la base. Des «trusts» sont aussi ajoutés à l'intérieur pour solidifier la toiture et l'aider à faire face aux chutes de neige importantes dans la région. Aujourd'hui ce camp sert de remise (petit entrepôt pour le matériel de chasse et pêche) du camp à deux étages, plus sophistiqué et construit à proximité du premier par André et René. Malgré ce changement d'usage, le camp pourrait sans problème retrouver ses fonctions d'origines d'habitation en forêt car tous ses éléments sont encore fonctionnels. Un des traits les plus caractéristiques de ce camp de chasse à sa construction était l'emploi de la tôle pour le recouvrement du toit. Cette actualisation a été rendue possible grâce à la disponibilité des motoneiges pour transporter la tôle jusqu'au site de construction en pleine forêt l'hiver. Les premiers métis ne disposaient évidemment pas de cette technologie et utilisaient le bois.